J’ai vu Suicide Squad de David Ayer (2016)

En visionnant ce film de David Ayer sorti en 2016 sur Netflix, j’aurais dû savoir par avance que ce serait un mauvais long métrage. Bon, OK, je vous l’accorde, ce n’est ni très critique ni très objectif tout cela, je vais donc développer…

David Ailleurs…? Et ses atouts.

David Ayer n’est pas le plus connu des réalisateurs. Il semble que les studios DC lui aient donné sa chance ici, après avoir tourné des films de guerre assez lourds (dans le sens négatif). Le film avait pourtant un avantage, peut-être le seul d’ailleurs : son casting. Will Smith *vieillissant* apparaît ainsi en Deadshot, le tueur à gage, Margot Robbie en Dr Harley Quinn est la seule qui tire véritablement son épingle du jeu en terme d’acting, Jared Leto est enfin le tant attendu Joker, tandis que surnagent en eaux troubles Viola Davis, pourtant multiplement récompensée, et Joel Kinnaman ainsi que d’autres acteurs secondaires et une Cara Delevingne plus que douteuse.

Le deuxième atout du film c’est qu’il est le premier de la saga Suicide Squad de DC Comics et que donc il entre par la même occasion dans la série des films à « genèse », soit l’histoire de la naissance de l’équipe de choc. Constituée d’anti-héros, ce qu’on appelle en langage Comics des « super-vilains », la Suicide Squad peine pourtant à entrer dans l’histoire des genèses réussies (la série Batman de Nolan est le maître étalon du genre).

Troisième et dernier atout du film : sa bande son. Avec des titres très connus des Bee Gees, de Queen, des Rolling Stones ou encore d’Eminem, presque toujours les mêmes que l’on trouve dans ce type de films trash par ailleurs, la B.O. de Steven Price n’est absolument pas convaincante et alourdit le film autour de ces fameux titres qui viennent, eux, illuminer les scènes aux décors poisseux (je voulais écrire pisseux)…

Le Joker perdant

Passons maintenant aux points très négatifs du film. Les choses sérieuses commencent. Et lorsque je dis cela, c’est que je pense au Joker, qui réapparaît ici dans les plus infimes parties de Gotham, puisque nous sommes à Gotham et que Harley Quinn est un personnage clé pour laquelle le réalisateur s’est donné la peine de proposer des flash-backs atroces, glam trash et bling bling. Le Joker est donc ici un élément qui devait apparaître comme jouissif à l’écran : la jouissance de la violence et de la folie. Il n’en est rien. Le Joker n’est ici un vilain sans aucune de ses nuances les plus connues. Tout juste bon à porter des chaînes en or. C’est d’ailleurs sous des traits peu ambivalents que les scénaristes (oups, David Ayer) ont choisi de faire de nos super-vilains des super-soldats sans relief.

Donc, exit le Joker, qu’on attendait tant et qui n’a pas réussi à nous séduire. Parce que les films sur des méchants, moi, je ne dis jamais non, je trouve le modèle intéressant, puisqu’il prend à contre-pied et à contre-courant les bonnes vieilles mœurs conservatrices et puritaines de l’Amérique. Sauf qu’ici, non. Pas de critique sociale, rien, nada.

L’équipée folle mais pas sauvage

L’équipe secondaire du film bénéficie de minuscules explications sur leurs caractéristiques de super-vilains et de quelques flash-backs sans aller plus loin. Or, on sait bien que les flash-backs sont parfois lourdingues et inutiles au cinéma. Ici, en lieu et place de figures subversives et antisociales, nous nous retrouvons avec des figures simplettes et stéréotypées, tradition des films américains :

Will Smith est le Père, force et honneur, qui ne pense qu’à sa fille. Son côté paternel étouffe le scénario dans quelque chose d’étrange tandis que ce type est réputé être un tireur d’élite froid et impénétrable.

Margot Robbie joue le rôle de l’amoureuse transie et de l’incarnation de la folie. Tandis que le réalisateur choisit de montrer les sévices qu’elle a subis, il commet le travers impitoyable de rendre romantique la relation pourtant abusive et violente entre le Joker et elle. Le contraire aurait été bienvenu dans notre société actuelle. Et si David Ayer a essayé, il a raté son coup.

Joël Kinnaman joue le soldat parfait rendant service à sa nation, résonnant sa patronne et faisant même passer le travail avant son amour (oui, je ne vous révèle pas la fin). Il aurait dû, tant qu’à faire un choix artistique à la manière du Dark Knight, si j’avais été David Ayer, sombrer dans la folie et devenir un peu comme l’équipe du suicide, mais de ce côté là c’est raté aussi.

Il y a également le stéréotype de la bête et de la machine à tuer dans le film, mais vous ne saurez quasiment rien de lui ou d’elle (Killer Croc et Katana). Donc, rangez vos ardeurs dans vos fourreaux.

Enfin, le dernier super-vilain dont je voulais parler est celui qui pose le plus de problèmes : El Diablo. Ce prisonnier est capable de devenir une torche humaine. Vous me direz, ça n’a rien de très grave, mais en fait si. Ce type a donc foutu le feu partout et tué des dizaines de personnes lorsqu’il était en colère mais il a surtout tué sa femme et ses filles parce qu’il ne voulait pas que sa femme le quitte après une dispute. Voilà, c’est dit, vous pouvez aller vomir dans votre coin. En fait, cela ne poserait aucun problème cinématographique si David Ayer, en bonhomme, avait bien traité l’affaire. Parce que ce genre d’affaire ça se traite délicatement. On appelle ça un féminicide aujourd’hui en France. Évidemment ça n’est pas le cas ici et tout au long du film, le réalisateur s’efforce de nous amener à avoir pitié d’El Diablo, de nous amener à ressentir des sentiments pour lui, …et…

…[spolier alert] par ailleurs une des scènes de combat final du film repose entièrement sur les larmichettes que vous pourriez avoir lorsqu’il se sacrifie pour réparer sa faute [désolée du spoil].

Le vide sidéral…

N’y a-t-il donc rien qui va dans ce film ? Non, rien. Vous aurez le droit à des combats entre des créatures sans visage, desquelles sortent des gargarismes étranges, et qui n’ont aucun moyen d’avoir un impact émotionnel sur nous, spectateurs, à chaque fois que Katana tranche un de ces ennemis en deux. Vous aurez aussi le droit à une Cara Delevingne en Enchanteresse, qui voudrait détruire la Terre en développant un sortilège qui construit une machine (???) et se retrouve grimée en sorcière gothique et un peu égyptienne (???), comme sortie tout droit d’un épisode succédané de Stargate Atlantis ou de Stargate SG1 (séries que j’aime beaucoup). Son personnage, une sorte de Hulk au féminin finalement, aurait pu être magnifique, mais David Ayer n’a su utiliser qu’une face de ce personnage complexe : la face « ouin ouin je ne veux pas être elle, je suis désolée, sortez-la de ce corps ». Aucune épaisseur. C’est tout de même méconnaître la subculture et la complexité des super-vilains les plus intéressants non ?! (Venom, Magnéto, le Joker,…).

J’ai tout de même trouvé d’autres gros défauts à ce film. Le montage. Le MONTAGE. Pourquoi m’énerve-je ?! Parce que le montage !!!! Si vous regardez ce film, accrochez-vous car il n’est pas toujours très clair dans ses explications. Cela n’est pas dû au scénario, qui n’a aucune originalité soit dit en passant, mais cela est dû à l’enchaînement des scènes à côté de la plaque. David Ayer semble avoir eu recours aux fameuses ellipses (rebaptisons-les éclipses), mais sans transition aucune. Les deux ou trois scènes de fusillade sont, qui plus est, usons de superlatifs, super-inutiles pour l’avancement du récit (gratuites donc !). Scènes de fusillade d’autant plus inutiles que Viola Davis précise qu’il ne sert à rien de tirer sur les méchants étant donné qu’ils ne meurent pas par balle… apparemment ce message a été perdu dans les limbes du scénario invisible. Des tonnes de scènes ou dialogues explicatifs semblent avoir été coupés au montage comme lorsque par magie Will Smith découvre le classeur Top Secret dans l’habitacle calciné de l’hélicoptère et le balance direct devant son colonel, tout ça en 3 secondes. Probablement a-t-il eu le temps de lire les 300 pages de rapport militaire en marchant vite aux côtés de ses acolytes.

Cet enchaînement dégueulasse (y a pas d’autres mots qui me viennent) a été compensé par la sortie d’une version extended cut résolvant peut-être un peu ce problème abyssal. Mais je n’ai pas le courage de vérifier.

Bref. J’ai vu Suicide Squad, je m’attendais à adorer, à kiffer comme on dit. Je m’attendais à une bande de ratés, sans foi ni loi (mais vu la tête attendrie de Margot Robbie au baiser final, et vu la scène de Will Smith avec sa fille à la fin, y a pas photo, ils ont bien un petit coeur ces vilains !). Je m’attendais aussi à une folle équipée sauvage à la manière des Gardiens de la Galaxie. Et je ne vous cache pas que j’ai hâte d’aller voir la version indépendante de Suicide Squad par James Gunn. Sur ce, je vous laisse.

Concluons…

Pour conclure, la seule raison de regarder cette version avant la nouvelle c’est pour Margot Robbie. On retiendra les nombreuses maladresses de montage et les facilités scénaristiques, les fausses notes et les erreurs de jugement (éthiques !) au sujet de la violence vécue par les femmes en 2016! (féminicide, relations abusives…). Si le film a été autorisé, c’est sûrement par cupidité : le personnage de Harley Quinn mis en avant sur l’affiche a fait vendre une franchise et ses produits dérivés trash et acidulés plus qu’on ne le présageait… pour un film trash, ça n’en est pas un. C’est plutôt un film poubelle.

Signé Tassa.

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