J’ai lu Boulots de merde de Julien Brygo et Olivier Cyran

Boulots de merde de Julien BRYGO, Olivier CYRAN

chez La Découverte / 2016 (réédition 2018)

Lu le : Août 2021


Boulots de merde ! - Julien BRYGO, Olivier CYRAN|400
(c) La Découverte

Résumé éditeur :

Du cireur au trader, enquête sur l’utilité et la nuisance sociales des métiers.

Pas un jour sans que vous entendiez quelqu’un soupirer : « Je fais un boulot de merde. » Pas un jour peut-être sans que vous le pensiez vous-même. Ces boulots-là sont partout, dans nos emplois abrutissants ou dépourvus de sens, dans notre servitude et notre isolement, dans nos fiches de paie squelettiques et nos fins de mois embourbées. Ils se propagent à l’ensemble du monde du travail, nourris par la dégradation des métiers socialement utiles comme par la survalorisation des professions parasitaires ou néfastes.
Comment définir le boulot de merde à l’heure de la prolifération des contrats précaires, des tâches serviles au service des plus riches et des techniques managériales d’essorage de la main-d’oeuvre ? Pourquoi l’expression paraît-elle appropriée pour désigner la corvée de l’agent de nettoyage ou du livreur de nans a8u fromage, mais pas celle du conseiller fiscal ou du haut fonctionnaire attelé au démantèlement du code du travail ?
Pour tenter de répondre à ces questions, deux journalistes eux-mêmes précaires ont mené l’enquête pendant plusieurs années. Du cireur de chaussures au gestionnaire de patrimoine, du distributeur de prospectus au «personal shopper» qui accompagne des clientes dans leurs emplettes de luxe, de l’infirmière asphyxiée par le «lean management» au journaliste boursier qui récite les cours du CAC 40, les rencontres et les situations qu’ils rapportent de leur exploration dessinent un territoire ravagé, en proie à une violence sociale féroce, qui paraît s’enfoncer chaque jour un peu plus dans sa propre absurdité. Jusqu’à quand ?

@tassadanslesmyriades

Notes et avis personnels :

  • En trois mots : déprimant, hallucinant, révoltant !

Mon avis : c’est un ouvrage très militant qui prend le problème par l’enquête journalistique et l’investigation plutôt que la perspective sociologique, scientifique et objective. Néanmoins, les questions que les journalistes posent à leurs interlocuteurs sont pertinentes, elles montrent à quel point il existe une division irréversible entre deux mondes qui ne se comprennent plus.

Pour autant, la logique de l’enquête va des petits métiers (il n’y a pas de sot métier ? Eh bien, si), à ceux qui touchent à l’absurde : le monde de la finance. L’on peut arguer qu’il s’agit là d’un grand écart. Le monde des petits métiers a cependant beaucoup à voir avec celui de la finance où les réalités ont disparu car déconstruites soit par le “patronat” ou en tout cas, ceux et celles qui dirigent et tiennent les cordons de la bourse.

Les derniers chapitres sont particulièrement terrifiants si on considère les valeurs éthiques modernes. Le capitalisme et le libéralisme ont affamé des populations entières, rendu malheureuses des millions de familles, tué ou rendu malades des strates sociales qui n’ont jamais vu la couleur d’un million de dollars. Les ultra riches voire même les très riches cultivent encore des manières dominatrices et colonialistes envers des populations souvent minoritaires (femmes étrangères par exemple), par un besoin de “services” pour les tâches ingrates dont personne, même le plus pauvre des pauvres, ne voudrait.

Cet ouvrage questionne : pourquoi accepte-t-on tout cela ? Pourquoi Delivero et UberEats s’étendent encore et encore ? Pourquoi la France modifie-t-elle sans cesse le Code du Travail par des lois annexes contournant ce que la Constitution implique pour le Droit des êtres humains (dont la valeur la plus fondamentale de notre pays, l’égalité)?

Ce livre manque pour moi de profondeur. Si j’ai appris énormément de choses que je soupçonnais (sauf parfois pour le milieu de la sécurité et le business des agents par exemple), il n’y a pas d’analyse profonde du système. Ainsi, en lisant ces pages, je m’interrogeais : “Est-ce le Léviathan de Thomas Hobbes, le monstre de la finance et de la spéculation? Les agrégats d’êtres humains sont-ils devenus des chiffres et des 1 et des 0?”

Les implications d’une telle enquête sont nombreuses et j’aurais aimé le point de vue d’un sociologue ou d’un philosophe voire même d’un homme politique et de sa langue de bois. J’ai aussi trouvé que le livre avait un biais (une perspective subjective) centré vers le monde parisien ET métropolitain. Beaucoup de ces situations ne se retrouvent pas “en province”, en milieu rural, voire ultra-rural ou en Outre-mer. Il s’avère qu’il y a bien plusieurs types de fragilités et de pauvretés, et celles des grandes villes décrites dans cet ouvrage ne sont forcément pas identiques à ce que nous vivons tous et toutes. Reste qu’on se demande si vivre à Paris ou à New York vaut la peine de se tuer littéralement à la tâche pour servir les “riches”…

Les auteurs de l’ouvrage comparent d’ailleurs leur enquête à celle du très fameux économiste David Graeber, qu’ils disent avoir interviewé mais avoir été déçus (il me semble) par son point de vue : https://www.cairn.info/revue-projet-2019-2-page-94.htm . Car le problème de cet ouvrage c’est qu’il est militant et rejète peut-être toute hiérarchie au travail. Ainsi le cadre sup’ (même fonctionnaire?) ne mérite pas, à leurs yeux, de pitié face aux nouveaux bullshit jobs qui les amènent à des burn-outs voire à des suicides, eux et elles aussi. Les deux journalistes choisissent de ne pas remettre en question « le manque de sens » comme Graeber, mais le manque de considération envers des tâches pénibles et ingrates, générant une forme de violence invisible au travail. En dépit de cela, j’ai compris leur vision, qui prend vraiment le « boulot de merde » par le bas sans jamais un trait de condescendance envers le haut et ceux et celles qui ferment les yeux sur de telles infâmies.

Je conseille cette lecture mais je recommande d’approfondir avec deux autres ouvrages plus orientés sociologie.
Par exemple Le nouveau capitalisme, Dominique PLIHON https://www.editionsladecouverte.fr/auteur/dominique_plihon-557051.html ou l’immersion de Encaisser ! Enquête en immersion dans la grande distribution de Marlène BENQUET, https://www.editionsladecouverte.fr/auteur/marlene_benquet-319305.html .

Bonnes lectures !

Signé Tassa


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