[J’ai revu] Legally Blonde (La Revanche d’une blonde, 2001) : petit point sur la comédie romantique des années 2000

J’ai revu récemment Legally Blonde, un film du début des années 2000 (littéralement) avec Reese Witherspoon et Luke Wilson. Le synopsis est simple, mais vous verrez dans mon analyse que ça ne l’était pas tant que cela : « Elle Woods, jeune femme populaire à l’université, se retrouve larguée par son petit ami. Elle décide de le suivre à la faculté de droit et, pendant son séjour, elle comprend qu’il y a des choses bien plus importantes que les apparences« .

Le film La revanche d’une blonde a été réalisé par Robert Luketic, il s’agissait de son premier long métrage, et il fut ensuite habitué aux comédies, il a notamment réalisé quelques bons thrillers tels que Las Vegas 21 (2008), Paranoïa (2013), et comédies traditionnelles comme Sa mère ou moi ! (2005) et Rendez-vous avec une star (2004). Il n’y a donc pas grand chose à dire sur ce réalisateur. Et l’on peut même ajouter que rien ne présageait qu’il allait tourner un film culte sur une jeune femme à Harvard.

C’est là que vous allez voir que je suis incollable sur les comédies romantiques (ou pas, car je n’ai toujours pas vu ou apprécié certains très grands classiques du genre!!)

Affiche du film

Tout d’abord, le film fait aujourd’hui l’objet de vives polémiques sur son manque de diversité, mais passons ce problème traditionnel à Hollywood pour nous concentrer sur la genèse, car il faudrait de toute façon faire un billet complet sur ce sujet. (Je vous laisse ce lien pour le sujet de la diversité : ici). La deuxième chose qu’il faut noter c’est que le titre en version française renforce l’idée de stéréotype, « la revanche » donnant l’impression que la femme est campée à un personnage colérique, hystérique, irritable. En anglais, legally blonde porte moins à confusion « légalement blonde », le jeu de mots se concentrant sur le contexte du film: l’université de droit.

Le film a été réalisé par Robert Lukedic, probablement par frilosité de la production qui n’aura pas voulu donner le poste de réalisateur à une femme. Il faut rappeler qu’à cette époque seules deux femmes (dans mon souvenir) font parler d’elles avec des comédies romantiques : Nora Ephron (Vous avez un mess@ge, 1998 et Nuits Blanches à Seattle, 1992); et Nancy Meyers (The Parent Trap, 1998, The Holiday, 2006).

Du manque de diversité, on en trouve donc au générique. Malgré tout, le scénario (qui ne demande pas de visibilité publique en post-production), a été adapté du roman d’Amanda Brown et a donc été écrit par trois femmes : Amanda Brown, Karen McCullah, Kirsten Smith (autrices toutes les deux de l’excellent 10 bonnes raisons de te larguer, 1999). A la production, on ne trouve que des hommes, au montage, une femme (Anita Brandt Burgoyne) et un homme, au décor et à la production design, on ne trouve quasiment que des femmes, Missy Stewart, Kathy Lucas, Sophie de Rakoff.

Les années 90 sont des années compliquées pour les femmes au cinéma, mais moins compliquées pour les comédies particulièrement nombreuses à l’écran, tant en France qu’aux Etats-Unis. Reese Witherspoon fait d’ailleurs partie de cette génération montante d’actrices de comédies ou de drames romantiques qui donnera ensuite la place à d’autres célèbres blondes telles que Cameron Diaz ou Scarlett Johansson. On retrouve ainsi Reese Witherspoon dans Sexe intentions en 1999 avec la très à la mode Sarah Michelle Gellar de chez Buffy contre les Vampires. Les comédies romantiques se réinventent, empruntant parfois à du cinéma Nouvelle Vague comme Before Sunrise avec Julie Delpy et Ethan Hawke, filmés par Richard Linklater (1995) ou permettent la création de scénarii d’une grande originalité scénaristique tel que « Un jour sans fin » en 1993 avec Bill Murray, Tootsie avec Dustin Hoffman (1982) ou Trois hommes et un couffin de Coline Serreau (France, 1985). Mais les comédies romantiques de l’époque restent hyper classiques, très stéréotypées, même si elles mettent en scène la femme comme personnage principal (L’amour à tout prix, avec Sandra Bullock en 1995), phénomène significatif puisque les plus grandes comédies des années 60 et 70 avaient majoritairement des hommes dans le rôle central de la romance (ainsi Nuits blanches à Seattle avec Meg Ryan et Tom Hanks, 1993, Grease avec John Travolta, Annie Hall avec et de Woody Allen, Bodyguard avec Kevin Cosner et Whitney Houston en 1992, 4 mariages et 1 enterrement avec Hugh Grant en 1994, Titanic en 1997, Coup de foudre à Notting Hill, 1999, Pretty Woman avec Julia Roberts et Richard Gere (1990) sont tournés surtout du point de vue masculin).

Or, les années 2000 apportent un renouveau de ce côté-là au cinéma. On découvre ainsi sur grand écran des productions qui prétendent décrédibiliser la virilité et les préjugés des hommes. C’est le cas de Ce que veulent les femmes (2000) réalisé par Nancy Meyers avec Mel Gibson et Helen Hunt. C’est aussi le couple homme/femme qui devient plus central dans la narration, notamment dans Vous avez un mess@ge de Nora Ephron en 1999, dans lequel Meg Ryan et Tom Hanks partagent parfaitement le scénario en deux points de vue différents.

Dans les années 2000, les femmes obtiennent des rôles qu’on prêtait plutôt aux hommes, situation cocasse où on finit par les juger à l’aune du genre masculin. C’est le cas de Miss Détective (2000) avec Sandra Bullock campant une flic du FBI qui infiltre le monde des Miss le temps d’une enquête. Il y avait aussi Comment se faire larguer en dix leçons qui donnait le mauvais rôle à Kate Hudson en 2003, ou bien le rôle de l’adolescente inintéressée par la romance dans 10 bonnes raisons de te larguer (1999)…

C’est dans ce contexte-là que se développe le projet Legally blonde.

Si le film est intéressant et ne vieillit pas tant que cela (et reste plutôt pertinent aujourd’hui), c’est qu’il déconstruit l’image de la femme du début à la fin. Film d’apprentissage, en quelque sorte, le personnage principal de Reese Witherspoon apprend de ses erreurs en à peine 1h30. Cette déconstruction est visuelle d’abord : la direction artistique a choisi de jouer sur les tenues, les accessoires et la manière de se comporter (très gamine) de Reese Witherspoon. On retrouve cette régression chez l’adulte masculin dans d’autres films des années 80 à 2000 : Forrest Gump et Big (de Penny Marshall en 1988) avec Tom Hanks, Retour vers le futur (1985), Jumanji (1995), etc. Sauf que le personnage d’Elle Woods évolue très vite dans un milieu de requins qui pré-jugent trop vite de ses capacités intellectuelles à Harvard. Le spectateur et la spectatrice sont pris au dépourvu, puisque dans leur grande majorité, ces derniers ont aussi cet imaginaire de la femme blonde et stupide. L’entreprise de déconstruction est fastidieuse mais fonctionne bien grâce à un scénario qui se moque des conventions classiques du cinéma hollywoodien. C’est l’une des premières comédies romantiques à ridiculiser le rôle du jeune premier et à éviter de tomber dans la romance dégoulinante, puisqu’il n’y a même pas de scènes d’embrassades finales et qu’Elle Woods se sauve elle-même d’une situation embarrassante sans qu’un homme ait à jouer le chevalier sauveur.

Le film n’est pas non plus une complète émancipation de la femme. Si Elle Woods s’en sort avec une critique d’un monde misogyne, sexiste et matérialiste, les autres femmes du film concentrent tous les pires clichés féminins en les rendant bien évidemment salutaires à la fin du métrage. Ainsi, l’antagoniste principale d’Elle Woods est une brune méprisante, l’une des autres étudiantes est une docteure ès lettres militante lesbienne, les amies d’Elle Woods sont assez peu valorisées et rendues sottes à l’écran, la professeure de droit aux cheveux gris est dépeinte comme cruelle et froide, etc.

Cependant, le film est toujours aussi agréable et divertissant. Il amène aussi à une thématique dans lequel on voit peu de femmes avoir le rôle titre : les trial ou courtroom movies ou les films dans le contexte d’un tribunal ou d’un cabinet d’avocats par exemple. On y voyait souvent des hommes, notamment dans Anatomy of a Murder en 1959 avec James Stewart, 12 Angry Men de 1957 avec Henry Fonda, Du silence et des ombres (1962) avec Gregory Peck puis plus tard dans Philadelphia avec Tom Hanks, etc. Les rôles de femmes dans des tribunaux ou des cours de justice seront très tardifs, et Legally Blonde a contribué à entamer cette « mode ». A titre d’exemples on trouve : A double tranchant ou Jagged Edge avec Glenn Close en avocate en 1985, Erin Brockovich avec Julia Roberts (2000), très récemment 9 mois ferme d’Albert Dupontel en 2013 avec Sandrine Kiberlain et Une femme d’exception en 2018. Même si au cinéma, cela reste rare de voir une femme dans un trial movies, les séries se sont emparées de cette niche (Ally McBeal, The Good fight, Suits, How to get away with murder, Damages, The Good Wife).

Nous voyons bien ici la difficulté qu’on avait à produire des films bouleversant les codes dans les années 2000. D’un côté, le système hollywoodien était revenu en force et en masse dans les salles du monde entier, proposant un nombre incalculable de mauvais films répandant les pires clichés, d’un autre côté, ces années ont été l’occasion de redéfinir ou de déconstruire ce qui n’allait pas dans une société américaine portée sur les apparences et le « paraître ». En voyant ce film aujourd’hui, on a l’impression que le cinéma avait encore régressé en illustrant des situations proprement problématiques. Mais c’était aussi un cinéma qui résolvait beaucoup de points négatifs en proposant une réflexion par le divertissement, à la limite de la caricature. Legally Blonde ne se prend pas assez au sérieux pour investir le champ des comédies de société avec des blondes célèbres telles que Burn After Reading (avec Frances McDormand, 2008), ou des séries comiques telles que Parks and Recreation (avec Amy Poehler, 2009-2015). C’est une comédie qui reste sur le fil mais ne semble toujours pas totalement périmée. A voir !

Signé Tassa