Melting pot des films vus ce mois-ci [cinéma]

Alors, c’est décidé, je simplifie ma manière de poster ici. Je vais vous parler de films que j’ai vus, avec du texte seulement.

Ma technique pour regarder des films en ce moment : soit je vois qu’il y a beaucoup de critiques négatives et dans ce cas j’ai bien envie de savoir pourquoi, soit je regarde au hasard un film sur la plateforme de streaming que j’ai (en ce moment c’est Prime Video).

Je suis donc tombée sur ce qu’on pourrait appeler trois comédies françaises, même si l’une m’a horrifiée et que l’autre m’a moyennement intéressée.

Je viens de voir le film Bis de Dominique Farrugia. Sorti en 2015, ce film met en tête d’affiche deux acteurs très connus du cinéma français, Franck Dubosc et Kad Merad, accompagnés par d’excellents acteurs d’Alexandra Lamy en passant par Gérard Darmon.

Le film raconte l’histoire de deux hommes qui atterrissent en 1986 et retrouvent leur vie d’adolescents en se promettant d’échanger leur vie. Le pitch est intéressant, il est à la fois très classique et original. Il emprunte aux buddy movies et s’inspire très clairement des frères Farrelly. On n’est pas très loin de Mary à tout prix ou de Fous d’Irène dans le ton. Car on est bien dans une sorte de screwball comedy avec une intrigue centrée sur les mœurs (la débauche de Franck Dubosc face à la vie bien rangée de Kad Merad qui rêve justement d’une vie moins cadrée). Et puis, partant de Dominique Farrugia, les références étaient là. On n’est pas loin du comique de situation avec des grimaces et des hurlements comme chez Will Ferrell ou le Saturday Night Live américain. Le film est aussi influencé par les histoires de machine à remonter le temps, notamment Retour vers le futur ou 30 ans sinon rien. On a même le droit à cette sauce machiste qui s’éloigne d’une comédie plus fine et sensible, telle que Camille redouble avec et de Noémie Lvovsky (2012).

Attaché à l‘humour de la Grosse émission sur Canal Plus et des humoristes qu’on retrouve dans Rrrr d’Alain Chabat (PEF et compagnie), Farrugia a le sens de la direction de comédiens, flirtant entre comédie pure et sensiblerie. Malgré deux parties peu équilibrées, Bis est donc assez inégale mais ne s’essouffle que très peu, grâce à un très bon casting et de bonnes trouvailles du côté dialogues (moins du point de vue scénaristique…). Le film repose entièrement sur les références cultes aux années 1980, de la cabine téléphonique, au baladeur, sans oublier la BX, la France en demi finale de foot en 1986, Raymond Barre, Giscard, Mitterrand et les téléphones filaires, on sent parfois que le tout s’épuise, car les moments de pur génie sont clairsemés d’un bout à l’autre du film.

On jubile en voyant Dubosc et Merad essayer de vendre à des producteurs les scenarii absurdes de films comme Bienvenue chez les Chtis, ou Intouchables, ou bien encore les chansons de comédies musicales (Les dix commandements). On rigole aussi quand Merad et Dubosc se donnent rendez-vous mais se demandent à plusieurs reprises à quelle heure il faut appeler l’autre pour le prévenir que l’un va passer voir l’autre. Un humour calibré en mode Les Nuls.

On regrettera la conclusion de ce film, très lissée et portée sur le repentir, moralisateur. Une fin qui si elle s’adapte généralement très bien au cinéma américain, est un peu moins adéquate pour le cinéma français censé être plus subversif et plus accrocheur. Comme on sait que Farrugia a la culture du navet facile, il en joue et n’a pas honte de ses références (La Boum, les films de beaufs gentiment virilistes mais pour mieux s’en moquer comme Frangins malgré eux avec John C. Reilley et les films d’Adam McKay).

Dans un deuxième temps, j’ai vu le film Toute première fois. Je n’ai pas su dire si j’étais choquée ou profondément offusquée par ce long métrage de Noémie Saglio et Maxime Novare. Sorti en 2015, le film surfe sur la vague des comédies romantiques LGBT post-mariage pour tous. Malheureusement, il s’enlise dans un abîme de bêtises et un fatras flirtant dangereusement avec la pensée extrême droite de la Manif pour tous.

Le pitch ? Pio Marmaï interprète un homo en couple depuis des années, qui va se marier, mais qui, accidentellement tombe amoureux d’une femme suédoise. Pas du tout vendeur… si j’ai voulu regarder ce film, c’est parce qu’il me semblait qu’il s’appropriait une interrogation dont personne ne parle : un homo devenant hétéro (ou bi). Après mûre réflexion, c’est-à-dire le temps de la durée du film, je me suis dit qu’il y a des raisons pour lesquelles certaines situations ne peuvent être inversées au cinéma (en situation de visibilité maximale). Le film veut dénoncer quelque chose que les deux cinéastes (?) ne comprennent pas eux-mêmes. J’ai personnellement été plus touchée par l’histoire du couple gay et totalement agacée par la suédoise. Noémie Saglio enchaîne les mauvaises comédies (Telle mère telle fille, Connasse…) multipliant les poncifs et les stéréotypes.

Si son film n’avait pas pris la route de l’humour détourné, si cela avait été un drame, probablement que je n’aurais pas écrit une telle critique. Toutefois, c’est bien d’une comédie dont je vous parle. Seule scène de génie, probablement réutilisée dans la bande annonce, le moment où la famille de Pio Marmaï s’énerve contre le coming out hétéro de ce dernier. La plupart du temps, sinon, les personnages sont caricaturaux.

Petit florilège des conservatismes cinématographiques dont font preuves les deux réalisateurs : l’ami gay qui peint des vagins, le couple homosexuel qui paraît être un couple hétéro (faudrait pas choquer le spectateur, qu’il puisse s’identifier…), les parents à côté de la plaque, la sœur bobo et coincée qui hurle de frustration, la blonde suédoise avec l’accent séduisant et dont les dialogues ne sont qu’une avalanche de sexisme, ah et l’ami straight qui couche avec tout ce qui bouge mais finit repenti.

Pour terminer, on assiste à une fin lunaire dans la neige suédoise, complètement pétée du casque, lors de laquelle Pio et la jeune fille suédoise s’embrassent dans une eau gelée, tout cela pour que dans un élan virile, l’homosexuel opère sa transformation quasi baptismale : le voilà qui n’est plus gay !… L’eau et la Suède font des miracles. Le message délivré : ce nest pas grave de se tromper d’orientation sexuelle, on peut toujours revenir à la « normalité ». À la toute fin, la jeune femme ne peut s’empêcher d’être jalouse de son nouveau compagnon lorsqu’il s’approche d’un homme. Car oui n’oublions pas qu’une femme est jalouse… sans oublier que la dernière phrase du film est une blague lourde du meilleur ami hétéro qui demande lequel des deux est devant ou derrière. Si si je vous jure. Une vraie caricature des années 80. Et dire que certains se plaignaient de La Cage aux folles.

Faussement progressiste, Noémie Saglio n’en est pas à sa première catastrophe cinématographique. Dans Parents d’élèves avec Vincent Dedienne et Camille Jordana ou dans Telle mère telle fille avec Juliette Binoche et Camille Cottin, vous ne trouverez que des stéréotypes bien que les comédiens et comédiennes soient assez bons. Ce sont tous des films qui prêchent l’hétérosexualité d’un point de vue très conservateur : il n’est pas raisonnable d’avoir une vie dissolue, il n’est pas concevable d’être mère célibataire, etc. Même si tout cela est agrémenté de dialogues affriolants affirmant le contraire (et donc affligeants), le spectateur est laissé sans possibilité d’apprécier pleinement l’originalité de chacun des sujets que Saglio et Novare traitent… Si vous voulez c’est un peu le même principe que lorsque le film Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? affirme ne pas être raciste.

D’ailleurs j’ai aussi vu Telle mère telle fille le même mois. L’histoire d’une mère et sa fille qui malencontreusement tombent enceintes en même temps. C’est dire si je souhaite soigner ma culture du navet. Pourtant, en visionnant ce film-ci, j’ai ri. Juliette Binoche et Lambert Wilson sont intéressants dans leur rôle à contre-pied de ce qu’ils proposent d’habitude. Camille Cottin est excellente mais ne joue jamais autre chose que la femme énervée et entretient ce stéréotype navrant. Derrière tout cela se cachent une multitude de signaux conservateurs : les parents divorcés qui dissimulent qu’ils sont divorcés à la belle-famille, la femme enceinte hurlant excédée, la patronne elle aussi énervée et vue comme frigide, la femme mariée dépressive, bref, autant de poncifs qui gangrènent le cinéma tant ils sont pris au pied de la lettre au lieu de les détourner pour en faire quelque chose de véritablement croustillant. En gros, ce sont trois films que j’ai vus qui racontent le faux mal-être d’une société bourgeoise s’ennuyant profondément (de Kad Merad en médecin rangé qui voudrait voir ailleurs à Juliette Binoche la femme-enfant qui vit chez sa fille et rentre tard le soir en roulant sur une mobilette rose, en passant par l’homosexuel le moins gay de la Terre, Pio Marmaï, occupé à se demander s’il n’a pas fait le mauvais choix…)…

Le paysage du cinéma français est-il si désolant ? Certes non. On peut trouver des avantages comme des désavantages à regarder ce type de films. Reste que je me demande toujours pourquoi j’apprécie plus les comédies beaufes américaines que celles que la France nous pond.

C’était ma chronique cinéma. À bientôt pour de nouvelles aventures.

Tassa