Miss Pérégrine et les enfants particuliers est-il un film de Tim Burton raté ? [cinéma]

Réal.: Tim Burton

Date de sortie: 5 oct. 2016 (2h03min)

Avec Eva Green, Asa Butterfield, Samuel L. Jackson

La bande annonce de Miss Peregrine et les enfants particuliers

Synopsis :

À la mort de son grand-père, Jacob découvre les indices et l’existence d’un monde mystérieux qui le mène dans un lieu magique : la Maison de Miss Peregrine pour Enfants Particuliers. Mais le mystère et le danger s’amplifient quand il apprend à connaître les résidents, leurs étranges pouvoirs … et leurs puissants ennemis. Finalement, Jacob découvre que seule sa propre « particularité » peut sauver ses nouveaux amis.

Ma critique :

Ma critique ne fera pas la comparaison entre les romans et le film, car à l’époque où j’ai vu le film je n’avais pas lu le roman, et encore aujourd’hui, je n’ai lu qu’une centaine de pages du premier tome. [quelques temps plus tard, j’ai terminé les 2 premiers tomes, à l’heure où je reposte cette chronique cinéma] Cette chronique cinéma a été réécrite et revue.

Publié le 23 juillet 2017 par Madame Tassa ici

Non, non je n’étais pas tout excitée à l’idée d’aller voir Miss Pérégrine…. je n’avais pas du tout, mais alors pas du tout d’a priori… aucun ! nooooon.

[Ajout du 14 septembre 2022 : j’ai revu le film une 2e fois pour en reparler]

Il y a quelque chose chez Tim Burton, qui me fait aimer tous ses films. Son dernier essai d’un Alice au pays des merveilles était pour moi très réussi. Sa manière de s’approprier les codes du fantastique lui est propre et très personnel.  On croirait à s’y méprendre que sa vie est faite de monstres et de merveilles. Son dernier Dark Shadows a emporté l’adhésion, toujours à la charnière entre tentatives de films d’auteurs  et films à gros budget. Il est probablement celui qui ressemble  le plus à l’auteur Neil Gaiman en littérature : ses sujets de prédilection parlent du quotidien et de la banalité pour aller vers un message qui prêche la singularité et la différence.

Ici, le voilà qui s’est emparé d’un nouveau conte, d’une très grande originalité. Et nous embarquons dans l’aventure de Jacob et des enfants particuliers de l’établissement scolaire de Miss Pérégrine. Un conte pas si enfantin que cela, car le roman est très sombre et effrayant.

Dès le départ, le ton est donné. Dans une atmosphère kitsch, amenant la nostalgie des décennies passées, le réalisateur réussit à nous rendre le héros très attachant, lui et ses cartes géographiques et l’inquiétude qu’il porte vis-à-vis de son grand-père avec lequel il avait une relation privilégiée. Après  une scène dans une supérette, nous sommes immergés directement dans une atmosphère sombre et nocturne. Tout le film repose sur cette relation petit-fils/grand-père. Le film s’emplit de secrets et de mystères que le réalisateur s’empresse de nous dévoiler petit à petit, distillant ici et là ses ingrédients préférés pour faire d’un bon film un film fantastique. L’influence du gothique n’est jamais loin, ce qui fait la force des films de Burton. Dans ce film, la vieille demeure de Miss Pérégrine est le trope par excellence du gothique.

L’esthétique burtonienne est bien là, des décors (l’incroyable manoir de Miss Pérégrine donc) en passant pas les costumes et les méchants en trois dimensions. La distribution est aussi formidable. Eva Green paraissait légitime dans ce rôle de femme forte, fumant la pipe. Elle avait déjà prouvé sa valeur dans Dark Shadows et dans James Bond : Casino Royal. La beauté des images nous entraîne à chaque fois dans un tourbillon et l’on se croirait dans un rêve éveillé. L’image est très travaillée, le cadre et la lumière sont impeccables et maîtrisés.

Le seul bémol que j’émettrais sera celui-ci : la scène de combat avec les terribles créatures dans un parc d’attraction était-elle un passage obligé par les studios de production ? Car elle échappe à toute l’évidence et à la logique cinématographique que nous déroule Tim Burton depuis le début du film, discret, et intelligible. Un film jusque-là cohérent, sauf dans cette scène étrange très studio hollywoodien qui ne colle pas avec le reste. [J’ai revu cette scène en 2022 et je la trouve finalement très intéressante.  Elle n’est pas du même ton que le reste du film, et cette façon de trancher rejoint d’autres aspects esthétiques connus chez Tim Burton, de Charlie et la chocolaterie en passant par Matilda et l‘Etrange Noël de monsieur Jack. Avec en prime un caméo du réalisateur que je n’avais pas remarqué ! Le film reste inégal dans ses 2 parties tant visuellement que dans la mise en scène pleine de générosité burtonienne et de gothique dans le premiere chapitre, puis plein d’effets spéciaux dans le deuxième…]

Sinon le film est très émouvant. J’ai versé ma petite larme lors de la magnifique scène où Miss Pérégrine crée une bulle autour du manoir, en remontant le temps, et aussi lorsque Jacob répond au téléphone… (pas de spoil). Les personnages sont bien respectés même s’il manque de la profondeur chez certains rôles secondaires toujours traités du point de vue de la merveille ou du monstre. Pourtant, l’introduction de chaque enfant particulier est géniale ! Une réussite tant scénaristique que visuelle.

Ajoutons que le film respecte la singularité du livre bien qu’il soit une compilation difficile de trois livres [même si j’ai dit que je n’en parlerais pas]. La particularité du roman c’est qu’il repose sur des vieilles photographies/ cartes, qu’on y voit des ombres à chaque page. Tim Burton a repris les images, les photos et les a magnifiées. Le sous-texte est aussi bien respecté puisque le contexte historique est très bien retranscrit. En effet, les enfants particuliers existent et échappent aux ravages de la Seconde guerre mondiale. Un des propos les plus forts du film.

J’ai vraiment une passion pour ce genre de films dans lesquels les enfants paraissent plus intelligents que leurs parents, par leur candeur, leur créativité et leur incroyable ténacité (Narnia, E.T., Stranger Things, Jumanji, etc.). La figure de l’orphelin (pas pour tous les personnages ici) est aussi importante, elle irrigue la littérature et le cinéma fantastique (et il n’y a qu’à voir Harry Potter pour se convaincre que cela fonctionne encore!).

Tim Burton parvient à créer des dimensions plurielles dans laquelle la frontière entre fiction, passé, altérité et réalité existent. On ne sait plus trop bien si le jeune héros est la réincarnation de son grand-père ou s’il est lui-même. Le film est basé sur l’existence d’une boucle temporelle qui protège les enfants particuliers, mais les garde aussi à la merci de créatures terrifiantes liées au contexte historique (la montée du nazisme). Alors que Jacob se fait moquer par des adolescents, il découvre enfin le vieux manoir et semble basculer dans une strate du passé dans laquelle il pourra s’échapper et vivre des aventures (en résolvant un mystère). La distribution fait des merveilles, Samuel L. Jackson est terrifiant même si caricatural, Eva Green et le reste des enfants : parfaits !

En bref, je verrais bien d’autres films de ce genre si Tim Burton n’avait pas condensé les trois romans en un seul et unique film, ce qui est un parti pris réussi car forcément audacieux et allant à contre-courant des blockbusters américains en trilogies. Car oui, c’est là peut-être que l’on voit le geste non-commercial, le geste purement artistique… peut-être… car on pourra reprocher le côté édulcoré du film et ses incohérences. [Ajout : et on sait les difficultés pour Tim Burton à faire aimer ses films les plus récents par le grand public…]. En tout cas, ce fut par conséquent  une agréable (re)découverte ! On ne peut aimer ce film qu’en étant resté un peu enfant soi-même.

Signé Tassa

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