Triangle amoureux entre super-héros : Batman vs Superman avec Wonder Woman dedans [cinéma]

Batman vs Superman : L’aube de la Justice de Zack Snyder a été tourné en 2016. Le film se situe après le très classique mais décevant Man Of Steel et la trilogie des Dark Knight par Christopher Nolan. Après avoir fait 300, que visuellement j’ai autant détesté qu’apprécié, Zack Snyder revient avec les défauts qu’on lui connaît : un vide scénaristique, quelques absurdités visuelles, un film coupé en deux parties, dont l’une est toujours franchement médiocre, et des personnages sans épaisseur.

Dans ce film, l’histoire de Batman nous est racontée à travers celle de Superman. Ce dernier est manipulé par Lex Luthor qui convoite la kryptonite. Superman devient alors le bouc émissaire de la population de Métropolis Ville. Alors qu’il voulait s’ériger en super-héros, voire en idole puis en Dieu fait homme, il se voit déchu de son pouvoir et de son aura et haï par la foule après un fiasco lors d’un sauvetage dans le désert. Batman le prend en chasse, persuadé qu’il faut tuer les idoles dans l’œuf avant qu’il n’éclose.

Mais tout est raté dans le film. Dans la première heure, tout semble aller trop lentement, à la manière d’un vieux thriller à la pellicule abîmée, que le réalisateur aurait laissé tremper trop longtemps dans le formol. Ce grain qui scied très bien à des films comme 300 ou Sucker Punch ne colle pas réellement à l’image classique de Batman ni à celle plus nimbée de science-fiction de Superman. Pour contrer le Marvel Studios (MCU) avec ses puissants crossovers (Les Avengers), DC Comics tente ici le tout pour le tout : croiser deux mastodontes qui en principe ne se croisent qu’au détriment de leur propre crédibilité de super-héros.

Le film échoue aussi là où Christopher Nolan avait réussi à instaurer un climat angoissant, sombre et efficace, renforçant l’ambiguïté de super-héros du Batman. Dans Batman vs Superman, quelques flashbacks viennent raconter la genèse des deux personnages et surtout celle de l’homme chauve-souris, pourtant aucune empathie ne nous parvient pour Bruce Wayne, empêtré dans ses propres croyances de gosse de riches, blessé dans son orgueil. Et Superman est toujours aussi glacial et distant dans sa superbe. Alors que les deux doivent trouver leur valeur commune (la famille !), ils finissent par en oublier ce qui les amène à se battre. Le scénario de départ parlait d’idole et de dieux, néanmoins au bout d’une heure, le tout vire à la lutte xénophobe : Batman expliquant qu’il voit Superman comme une aberration parce qu’il n’est pas humain et qu’il vient d’une autre planète.

Zack Snyder a voulu faire de Batman la figure du chevalier noir aveuglé par sa quête de justice impossible (vue et rerevue). Il n’a tellement pas de cœur que son cher Alfred lui glisse un bon mot pour qu’il aille se détendre « et trouver une fille « … on vous laissera méditer sur sa manière d’aborder ensuite une femme telle que Gal Gadot interprétant une excellente Wonder Woman. Zack Snyder a donc un gros et grave problème de misogynie (mais ça, on le sait depuis 300 et Sucker Punch). Il est lui-même l’auteur d’un très mauvais film de la franchise The Suicide Squad avec David S. Goyer (j’en ai parlé ici et c’était très très mauvais !). Il y a plusieurs indices dans ce long métrage qui m’amène à vomir d’anxiété à l’idée de la somme d’argent allouée à une telle monumentale erreur du 7ème art :

– la vulgaire métaphore de Superman, comparé au messie (le Christ et sa maman, la Vierge Marie), bien trop clichée pour que le symbole soit crédible.

– Le mail de Bruce Wayne envoyé à Wonderwoman intitulé « Boys share too », pour dire que le réalisateur scinde bien l’univers des super-héros en deux : celui des femmes et celui des hommes (ces demi dieux…)

– la manière qu’a Superman de sauver sans cesse Loïs L’âne (Lane… pardon). S’il s’agit là d’un motif récurrent du comic book, il est aujourd’hui à la fois désuet mais aussi tellement redondant qu’on s’attendait à ce qu’il redéfinisse cette posture de sauveur comme l’avait fait Nolan pour Batman…

– la construction du film est très mauvaise. Seule la 2e heure paraît regardable avec une action franche, un triangle de super-héros enfin accrocheurs et un Lex Luthor bien meilleur hurlant que bégayant en mode psychopathe, ressortant la carte du « Joker ».

Pour le reste, on repassera. Les rôles secondaires manquent de profondeur. Les scènes d’action manquent d’application (je n’ai jamais vu un film aussi mal tourné avec The suicide squad de Goyer). Zack Snyder est à ce point incompétent qu’il rend une rencontre au sommet, attendue depuis si longtemps au cinéma, complètement anecdotique et absurde. La musique est si médiocre qu’on dirait qu’un chat a appuyé sur la mauvaise touche du piano numérique. Les scènes en CGI sont si mal montées qu’on aurait dit qu’un élève de 6ème a fait un montage avec son smartphone entre deux cours de maths pour impressionner les copains.

La symbolique est trop lourde, le poids des armures aussi, les balles retentissent et rebondissent puisque Batman et Syperman y sont invincibles, mais vous comprendrez que pour le film, il faille quelques scènes d’action dignes de ce nom. En somme, Snyder énerve et dirige mal ses acteurs : Amy Adams est larmoyante et apeurée, Henry Cavill est en colère et déprimé, Ben Affleck est affligeant et fatigué. Tous ont besoin du repos du super-héros. C’est dommage car ce sont de très bons acteurs et Ben Affleck voue une admiration sincère au Batman pour qui il a failli réaliser un film… Même la résurrection d’un Zorg n’amène aucune forme de plaisir visuel. On baigne ici dans la pure fantasmagorie occidentalo-chrétienne sans jamais sortir du cliché de l’ambivalence humaine. Les dialogues sont si mal écrits que d’ailleurs les personnages se sentent obligés de donner dans la maxime philosophique pour expliquer la raison d’être du film… Un bien grand choc des Titans pour quelques minutes d’intérêt (l’apparition furtive donc de Wonder Woman pour rééquilibrer un film bien trop viril-qui-fait-pouet).

Il n’y a pas de « ce qu’on croyait n’est pas vraiment ce qu’on croyait ». Zack Snyder incarne le principe même du WYSIWYG « what you see is what you get« .

Signé Tassa

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