La très très grande classe (2022) (Le genre « films à l’école » dans le cinéma français)

Ce film de François Quiring avec Melha Bedia n’est pas le meilleur que la planète ciné ait vu naître à la surface de la Terre, cependant il m’a donné matière à réfléchir aux films français sur l’école.

Grande tradition classique de la gaudriole à la Française, le film sur l’école semble avoir toujours le même schéma dans l’hexagone. Tour à tour subversif et parodique, puis sérieux et conservateur, à la fin c’est toujours l’école républicaine qui gagne. Dans La très très grande classe sorti en 2022, on n’échappe pas aux vieux poncifs. Tour d’horizon des ingrédients d’un film sur l’école en France depuis le début des années 2000…

Pour étudier le genre « films d’école », rien de mieux que La très très grande classe de François Quiring, qui ne sort jamais que des films à poncifs (Ma reum avec Audrey Lamy et Sales Gosses avec Issa Doumbia…).

Tout d’abord, prenez une bonne dose de rires gras et de gaudriole à la Française : l’humour est dessiné avec épaisseur, sans nuance, les professeurs dans la salle des profs semblent toujours sortir de la bande dessinée Les Profs. D’ailleurs, l’un des films ayant eu le plus de succès au box-office est bien entendu l’adaptation de la BD, Les Profs, réalisée par Pierre-Martin François Laval. La gaudriole à la Française n’est pas née dans les années 2000. On doit beaucoup aux films tels que Les Sous-Doués (1980) de Claude Zidi, et tous les succédanés ratés où Coluche s’est tourné en ridicule. Ce ridicule là, néanmoins, on en redemande, il est le signe d’un nouveau symptôme : l’école c’est l’autorité, et l’autorité on en veut plus ! 68 serait-elle passée par là ?

Ensuite, posez le décor dans une école de banlieue. C’est là qu’il faut être pour attirer les spectateurs avides de découvrir la vie sauvage des profs et des élèves issus de milieux modestes, forme de voyeurisme assumée en France. La vie scolaire sorti en 2019 est une belle illustration de ce phénomène, filmée par Mehdi Idir et Grand Corps Malade, il est épatant de constater qu’il contient à peu près le même style de blagues que dans La Très très grande classe. D’autres s’y sont déjà essayé, et d’ailleurs tiens, Arié Elmaleh, jouant l’inspecteur de l’éducation nationale dans le film de François Quiring, jouait déjà un élève raté dans L’école pour tous d’Eric Rochant en 2006. Parfois, l’exercice est réussi, comme avec Les Héritiers, film de banlieue qui suit des profs chargés de faire comprendre l’épisode de la Shoah aux élèves (de Marie-Castille Mention-Schaar en 2014). Malgré toutes les bonnes intentions, on sent fréquemment une pointe de conservatisme dans ce genre de films.

Et pour bien faire, il faut des élèves un peu chiants, des adolescents en manque de sensations, avec des bouffées de testostérone, avec des idéaux grands comme des bâtiments en béton, et des réflexions en dessous de la ceinture, tel que Les Profs avec Kev Adams dans le rôle titre, qui rejoint le personnage bon à rien de bande dessinée hyper cliché mais attachant en mode Titeuf, Toto, ou bien Le Petit Nicolas et Ducobu. Car outre les élèves sans véritables mauvaises intentions mais assez mauvais, il faut garder à l’esprit les grandes lignes de l’école républicaine : ce qu’on veut c’est l’ordre, l’écoute, l’obéissance et la soumission au règlement. C’est pourquoi Les Choristes sorti en 2004 et réalisé par Christophe Barratier a eu tant de succès, et c’est pourquoi des nanars sortent continuellement du style L’élève Ducobu écrit et joué avec Eli Semoun. Sortez le martinet ! Ça plaît toujours.

Dans la comédie d’école, ce qui fonctionne le mieux c’est l’opposition entre école privée sous contrat et école publique. Les deux semblent irréconciliables, tandis que les cinéastes en font un topos régulier, base d’un cliché très raciste et classiste, qui se veut toutefois l’image émancipatrice d’une école trop conservatrice et d’un abandon des « pauvres » à leur sort. Symptomatique d’une réalité ? Probablement, même si le tout est trop grossier pour que cela passe bien, par exemple avec l’horrible Neuilly sa mère de Gabriel Julien-Laferrière sorti en 2018. Une pathologie plutôt qu’un symptôme, vous me direz ? Car maladif, le film d’école l’est. Il remporte des prix comme avec Entre les murs (2008) de Laurent Cantet, sélectionné à Cannes, très beau film, qui aujourd’hui ne réchappe pas d’une relecture contemporaine : le film pour bobos adeptes du film de banlieue. Bref, passons.

Pour qu’un film d’école soit bon, il faut donc vouloir s’émanciper de l’école telle qu’elle est aujourd’hui. Le meilleur élève et la meilleure inspiration pour cela c’est Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, sorti en 1959, l’un de mes films préférés. L’école : c’est la prison. Parce que c’est aussi le lieu d’une violence institutionnelle inédite, qui rejaillit sur les élèves ou les adultes d’une certaine façon. La journée de la jupe avec Isabelle Adjani sorti en 2009 en est l’exemple le plus parlant. Il exprime un ras-le-bol plus réaliste que celui de Melha Bedia dans La très très grande classe. On pense aussi à Éléphant de Gus Van Sant (2003), du côté de la violence vécue par l’élève.

Bon, dans cette démonstration, j’ai oublié de dire que le film d’école pouvait parfois être réussi en France, même si on est très loin des films mythiques comme Le cercle des poètes disparus, Will Hunting ou Écrire pour exister. Les Quatre Cents Coups, donc, est une réussite, car il est radical dans son propos. L’école broie les enfants, car les adultes sont l’école et les adultes apportent avec eux le lourd bagage de la violence institutionnelle. De la douceur, parfois, il en faut, et pour décrire une réalité, il faut quelquefois l’inventer et l’enjoliver, Chante ton bac d’abord de David André est un film/drame musical, sorte de fiction documentaire tournée en 2014, qui raconte les déboires d’une classe de Boulogne-sur-Mer pour passer le bac. C’est drôle, beau et émouvant. C’est vrai qu’en terme de radicalité, on pense immédiatement à Battle Royale de Kinji Fukasaku (2000), massacre de masse entre élèves, jouissif mais extrêmement déprimant. Je dois dire que la seule chose appréciable du film La Très très grande classe, pour en revenir à lui, c’est la scène de bataille entre lycée privé de riches et lycée public de pauvres sur la pelouse de l’auditorium. Il aurait fallu que le film soit ainsi tout du long : plus de nez cassés, moins de blabla mielleux et de regards condescendants sur les illettrés ou analphabètes de la société. Il n’y a dans le film de François Quiring aucune des réflexions modernes sur la vie de profs et d’élèves, juste une série de stéréotypes débiles alignés les uns derrière les autres sans véritable rapport. Chez François Quiring, de toute évidence, c’est toujours une question de revanche et de vengeance, peu importe le contexte. Ce qui n’en fait même pas un bon film de beaufs comme ont pu l’être Les Profs ou Les Sous-Doués

Comédie paresseuse, pénible à regarder et sans subtilité, on ignore plus la réponse à la question : pourquoi les films d’école de ce genre sont-ils encore financés par la télévision et les producteurs de cinéma ? Relisez mon article 😉

Signé Tassa

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